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    November 24

    Pauvre mélancolique

    Pauvre mélancolique,
    Amoureux du passé,
    Au regard pathétique,
    Par les larmes, mouillé,

    Tu détourne ta tête
    Montrant son profil droit ;
    L’index à la gâchette,
    Tu pointes l’autrefois.
     
    Dans les regrets,
    Dans un captieux décor
    De ronceraie,
    S’éclabousse ton sort.
     
    Ton âme noire d’épines
    Se pique au révolu,
    Encore rembobine
    Le chapitre connu.

    Non lasse de souffrances
    Tu te charges des fruits
    Amers de la vengeance
    Qui grandissent la nuit.
     
    Dans les remords,
    Cinglant tel un fleuret,
    Où tu t’endors,
    Tu châtres le progrès.
     
    Tu chasses l’avenir,
    Pleures sur la fortune,
    Décharges tes désirs
    Au fond de tes lacunes.

    Il te faudrait l’envol
    Poussé par la lumière
    Mais t’es planté au sol
    Le nez dans la poussière.
     
    Plumette - 20080827
    November 18

    Révolution végétale

    Tu te tiens les bras en l’air
    Sous le froid, nu comme un ver.
    Fidèle, tu pries l’hiver
    De te sortir de l’enfer.
     
    Puis, tels de verts débutants
    Sur les planches du printemps,
    Crient tes bourgeons éclatants
    Et tes pétales volants.
     
    Et, tu écoutes vanter
    Par la chaleur de l’été
    Et les nids pleins de gaîté,
    Le miel des fruits secrétés.
     
    Mais, les forces t’abandonnent
    À la lueur pâlichonne
    Où ton feuillage floconne :
    Vert, jaune, rouge d’automne !
     
    Plumette - 20090509
    October 19

    Des espoirs

    Eboulez le mur
    Contre lequel mon front bute,
    Oubliez cette armure
    Dans laquelle je lutte,
     
    Glissez le manteau de glace,
    Soignez les fleurs
    Germant sous la cuirasse
    Où roulent mes pleurs.
     
    Quand je serai à nu,
    Je mouillerai de larmes,
    Sans aucune retenue,
    Le champ de mes charmes.
     
    Sous la pluie d'orage,
    Rester en évidence,
    Elle brisera le vitrage
    De mes apparences.
     
    Volant en éclats
    Dans la lueur des éclairs,
    Elle fêlera mon mât,
    Poudrera mes chairs,
     
    Ne laissera que mon âme
    Privée de chaînes.
    Achoppée sur une île
    Piétinée et reniée,
    Ma vie heurtera Sésame,
    Le bel ébène,
    Pour louer cette idylle
    De terre dérobée.
     
    Eboulez le mur
    Contre lequel mon front bute,
    Oubliez cette armure
    Dans laquelle je lutte,
     
    Glissez le manteau de glace,
    Soignez les fleurs
    Germant sous la cuirasse
    Où roulent mes pleurs.
     
    Je rhabillerai
    Mon plus éclatant sourire
    D'une roseraie
    Dont les épines déchirent
     
    Mon triste visage
    Récuré, taquiné
    Et, mettrai en cage
    Mes idées torturées.
     
    Les oiseaux euphoriques,
    Inquiétés des cris
    Du cachot diabolique,
    Couvriront le bruit
     
    De ma manie sordide
    De rêver trop haut.
    Dans ma métempsycose,
    La nuit sera claire
    Quand ma cervelle candide,
    Crachant les badauds
    De mes temps psychoses,
    Blanchira mon calvaire.
     
    Élevez le mur
    Contre lequel mon front bute,
    Cirez cette armure
    Dans laquelle je lutte,
     
    Laissez le manteau de glace,
    Gâtez les fleurs
    Germant sous la cuirasse
    Où doutent mes peurs.
     
    Plumette - 20070511
    October 17

    L'ivrogne

    Avez-vous déjà vu un homme, le matin,
    Chercher partout et ne découvrir que parfum
    Pour que ses mains puissent s’arrêter de trembler
    Et soient capables de lui servir un café.
     
    Le soir, l’avez-vous déjà entendu, le soir,
    Lorsqu’il retourne chez lui complètement noir,
    Dire à sa femme que ce n’est qu’une catin
    Et puis abîmer ses chairs à grands coups de poing.
     
    Avez-vous déjà considéré leurs enfants,
    Imaginé qu’ils sont demeurés impuissants
    En face de cette quotidienne menace
    Planant sous le toit : voir s’écrouler pour toujours
    Leur mère dépouillée du maternel amour
    Larmoyé sur les invendus portraits de classe.
     
    La nuit, savez-vous qu'elle est pénible, la nuit.
    Dans le silence plus déchirant que les cris,
    Dans les ténèbres plus aveuglants que les jours,
    Elle a de la peine à identifier l'amour.
     
    Avez-vous déjà vu un homme, le matin,
    Chercher partout et ne découvrir que parfum
    Pour que ses mains puissent s’arrêter de trembler
    Et soient capables de lui servir un café.
     
    Plumette - 20061129
    October 10

    Dernières volontés

    Au bout de ma ballade,
    Quand surviendra la mort,
    Vous restera mon âme ;
    Dites adieu à mon corps.
     
    Il n'aime pas le ciment,
    Il n'aime pas la pierre.
    Alors, dans le tourment,
    Ecoutez ma prière :
     
    Six éléments de bois
    Et un trou dans la glèbe,
    Vous tous autour de moi.
    Surtout que Dieu vous aide
     
    A glisser le cercueil
    Et à combler le vide.
    Que votre larme d'œil
    Mouille ce sol aride
     
    Où pousseront des fleurs
    Engrainées par le souffle
    – Moi, dans mes profondeurs,
    J'apporterai la bouffe
     
    A multiples pillards
    Qui fouilleront la terre ;
    Tels de joyeux fêtards,
    Ils violeront ma bière –
     
    Venez cueillir ces fleurs,
    Egaillez votre table.
    Allons, n'ayez pas peur !
    Elles sont plutôt affables.
     
    Respirez leurs parfums,
    Coupez-les du dédale.
    Je serai chez les miens,
    Vos yeux dans mes pétales.
     
    Admirez leur splendeur
    Qui mon destin camouffle.
    – Moi, dans mes profondeurs,
    Je ramène la bouffe
     
    A multiples pillards
    Qui aèrent la terre ;
    Tels de joyeux fêtards,
    Ils moussent dans ma bière –
     
    Plumette - 20070407
    October 02

    Dialogue de Sourds

    - Pauvre fille ! tu tiens pas la distance ;
    Tu deviens folle de trop de silence,
    Ne supportes pas les courtes séquences.
    Comment tu vas faire ?
    Tu disais pourtant n'être pas jalouse
    Et, là sur tes bras, poussent des ventouses
    Prêtent à pomper beaucoup trop de news.
    Tu devrais te taire !
    Non mais ça va pas ! Qu'est-ce que tu me veux ?
    T'es d'la police ou quoi ? Prends des aveux ?
    Tu veux mes papiers ?
    Et si je te dis "Il y a de l'orage",
    Fais pas de rime avec marivaudage,
    Tu vas me fâcher.
     
    - Gentil garçon ! tu es trop loin de moi.
    Je ne sais pas le timbre de ta voix
    mais plus ça va, plus tu me parais froid.
    Qu'est-ce que j'peux faire ?
    Je suis désireuse de tout apprendre.
    Mais sur moi, tu ne fais que te méprendre,
    Tu te méfies et mon âme se cendre.
    Tu devrais te taire !
    Je ne veux pas ton identité.
    Tu le sais très bien, tu peux la garder
    Au nom de mon père !
    Si tu estimes que je te reviens,
    Remontes ton coussin, ton traversin,
    Couches ton cerbère.
     
    Plumette - 20090910

    Degrés solaires

    Je me lève
    A l'heure du déjeuner ;
    Je soulève
    Mes paupières morganées
    Sur ton plat
    Qui me laisse en appétit.
    Dans mes draps,
    C'est le matin à midi.
     
    Je déjeune
    En te souhaitant bonsoir
    Car the sun
    Est à demi et trois-quart ;
    Il éclaire
    L'horizon d'un fil orange
    Circulaire,
    Brille à l'ouest du losange.
     
    Quand je rentre,
    Tu as perdu ta pantoufle ;
    Au plus tendre,
    La couette te camoufle.
    Puis, je dîne
    Avec ton oiseau nocturne ;
    J'hallucine :
    Je vois ton corps dans sa turne.
     
    Je me douche
    Pour me laver de la vie
    Et me couche
    Au plus profond de ta nuit.
    Tu te lèves
    Alors que je dors encore,
    Fais des rêves
    A la limite du bord.
     
    Plumette - 20090904
    September 25

    Tension dénudée

    Je suis expressif. Ah la bonne affaire que d'être trahi par les traits de son visage ! Combien de fois ai-je baissé la tête devant le monde afin qu'il ne capte pas les réactions décalées que produisent chez moi certains gestes, certaines paroles en totale contradiction avec les visions utopiques qui hantent mon esprit et m'empêchent de marcher parmi un troupeau.
    Il est pourtant simple de se cacher derrière des paroles mensongères et de faire passer un rictus pour une douleur intestinale mais lorsque l'on sait que le fait de mentir génère chez moi une mauvaise conscience dont j'ai du mal à me défaire, on voit là tout l'ampleur de mon désarroi.
     
    Avancer à visage découvert dans un monde où la mise à l'index est courante équivaut à concocter des potions magiques pendant l'inquisition ou à porter une étoile jaune sous l'occupation allemande, on finit par se brûler aux flammes de la différence allumées par l'étincelle de la peur, elle-même jaillit de l'incompréhension.

    Je n'aime pas ce monde et l'apparence qu'il prend ; il est hideux et me fait peur. Il est rouge de sang, porte les cornes de l'artifice et met des grands coups de sabots à qui tente de le prendre par derrière.  Ses yeux verts barrés d'un trait ne reflètent qu'une valeur matérielle et éphémère à laquelle je n'adhère pas. Mes yeux ne voient que l'éternité et renvoient à mon cerveau des idées plus larges et plus fraternelles voire humanistes.
    Je sais et espère n'être pas seul à penser si simplement. Le souci est que nous sommes bâillonnés ou contraints à des choix aussi castrateurs les uns que les autres. Les problèmes sont entre des mains malsaines qui prennent avec une et mettent en poche de l'autre sans se préoccuper du 1/3 qui s'impose comme une vérole au 3/4 qui s'étonne encore d'avoir contracté cette maladie, rongeuse de la face d'un monde pourtant florissant et accueillant, et met un masque pour jouer un spectacle ahurissant où les spectateurs paient le prix exorbitant de la taxe et de la charité.
     
    Mais malgré, j'avance vers le temps où mon visage n'exprimera plus rien en me figurant qu'un jour la mascarade finira pour laisser place à la vérité et que d'en bas, incapable de singer la moindre grimace sur mon crâne rongé par la vermine, toutes mes dents souriront aux visions réelles qui pénètreront mes orbites vides tournés vers le ciel.
    Les pieds qui fouleront mon tombeau depuis longtemps oublié marcheront où bon leur semble sans laisser les fragiles à leur triste sort. Non forcés de marcher dans la même direction, la tête dans les fesses de l'autre, les hommes regarderont autour d'eux et leurs yeux briseront la pierre qui abrite leur coeur.
     
    Plumette

    September 09

    Marine

    Elle a les yeux bleus
    comme le ciel
    où elle voit passer le temps,
    les lunes et les soleils
    qui regardent briller les ans
    dans son esprit plus vieux.
     
    Ces yeux clos, souvent,
    face aux nuages
    venus lacérer le tableau
    où se peint un paysage
    dans le vide mais sur le beau,
    guident sa main d’enfant.
     
    Sa carnation d’écume
    éclaboussant
    les rochers, plages et falaises
    qu’elle heurte d’un vent violent,
    présage de nombreux malaises
    droits au bord d’Amertume ;
     
    Pureté noircie
    de pollution
    crachée d’un monde mystérieux
    sur les senseurs du bastion
    qui surprennent de mieux en mieux
    ce goût d’hypocrisie.
     
    Sa bouche corail
    sourit, se tait,
    sait bien que ses mots n’ont plus cours
    ici où seuls les effets
    suffisent à rendre les gens sourds,
    fair’ marcher le bétail.
     
    Ces lèvres salées
    et rougissantes
    sous le passage du bâton,
    aux aléas sont caressantes
    mais n’accordent pas le pardon
    nécessaire à aimer.
     
    Plumette - 11/04/2008
    July 16

    Prière de l'ensorcelée condamnée

    Je te supplie Prince des Ténèbres,
    Bel Ange ! Tes yeux brillant de fièvre
    Me chauffent, me brûlent, me consument
    Sur un bûcher dressé dans les brumes.
     
    Déjà, tes flammes lèchent mes pieds,
    Rendent ma tenue dépenaillée ;
    Bientôt, mon corps sera une torche
    Que tu planteras dessous ton porche.
     
    Lorsque je serai réduite en cendres,
    Le vent m'introduira dans ton antre ;
    Légère et attirée par ton souffle,
    L'Eden sera ta mine de soufre.
     
    Je girai là, éternellement,
    Dans tes poumons, Bel Être Dément ;
    Je surprendrai ton ultime râle
    Dans le temps heureux des bacchanales.
     
    Plumette
    June 20

    Elément Terre

    Filtrées d'un ciel de vapeurs grisées,
    Les perles transparentes
    Retournent se carburer
    Avec nos huiles de vidanges.
     
    Les feuilles assombries,
    Enivrées de cette carence,
    Recrachent la nuit
    Le mauvais, nos venins à outrance.
     
    Stérile, la verdure
    Régresse contre l'horizon.
    Masquons notre figure
    Ehontée de trahison
     
    Pour voir périr l'humanité
    Sous nos regards faméliques.
    Avons-nous tous mérité
    D'admirer cette fin tragique ?
     
    Privés d'eau et d'air purs
    Par nos réserves de CO2,
    Dans nos rires impurs,
    Brûlent nos poumons imprégnés de feu.
     
    Il ne reste à la Terre
    Que d'apparaître désolée.
    Dépossédé de ses parasites,
    Le circuit de l'eau
     
    Laverait la Terre
    Polluée par notre modernité ;
    Reste à penser que dans ce rite
    L'Homme serait moins sot.
     
    Plumette - 2007
    June 07

    Impartial printemps

    Mes yeux se camouflent dans le vert camaïeux
    Des arbres, sous la chaleur, devenus frileux.
    Sapin, gardien temporel de cette couleur,
    Se cache chez les siens, bardé tel l'empereur ;
     
    Les soldats ressuscités des assauts de l'an,
    Laissent couler des grappes de jaune, de blanc,
    Et se pigmentent de tâches rouges et bleues
    Puis crachent à terre des abcès contagieux.
     
    A la contemplation des fiévreux vétérans,
    Mon villageois ouvre très grandes les fenêtres,
    Toise l'ascension du faîte au baromètre
     
    Mais, à la procession rayonnante du sacre,
    Il dresse un drapeau noir à tout participant,
    Conscient de ne pouvoir défendre le massacre.
     
    Plumette
    May 23

    Momies

    Empiler des fleurs séchées tels des souvenirs
    Dans des verres ciselés, pour se repentir
    D'avoir bu le contenu afin d'oublié
    Que le passé est perdu, à jamais noyé,
     
    Et revoir les couleurs à peine assombries
    De ceux qui venaient sans coeur avec l'alibi
    Au bout de leur bras tendu, puissant cimetère
    Retraçant dans ma chair nue leur fichu oeil fier.
     
    Séchant, les fleurs se poudrent et font de la place
    Comme, sans fond, le foudre de l'eau ne se lasse.
    On oublie les premiers seaux, grains multicolores,
    Formant un douillet berceau aux pétales morts.
     
    Le résigné mélange explose en rappels
    Dans les failles étranges de mon corps sans ailes,
    Pour y planter des ronciers couverts de fruits noirs
    Que vous pouvez dépouiller parmi mes mémoires.
     
    Plumette
    May 06

    Emportement

    L'ombre de ma main sur la page blanche
    Dictée sous l'éclat où ma vie vascille,
    Dessine des traits priant vos pupilles
    Et laisse mes mots et vos yeux étanchent.
     
    Que comprenez-vous du charabia
    A travers lequel mon esprit s'égoutte,
    Extrait le meilleur de ce qu'il dégoutte,
    Servant un puissant galimatias.
     
    Vous rend-il gris, noir ou souriez-vous
    Ou pire encore, vous n'êtes pas au bout
    que déjà, soufflant, vous cherchez la fin.
     
    Je jette à la rue ma chair de dauphin
    Pour vous exposer les plus beaux décors
    Que vous carressez à travers des stores.
     
    Plumette - 05/05/2009
    March 09

    Ecchymoses

    Le flot des ondes nous inonde
    d'info. vagues sur la mapp’monde.
    Tous les jours, on subit le choc
    Du bain de sang fartant nos coques.
     
    De haut en bas dans nos écluses,
    L’espace est peuplé de méduses
    Nous brûlant tels des condamnés
    À travers nos barreaux rouillés.
     
    Et, malgré les années qui coulent,
    Les mêmes nouvelles refoulent
    Aux rythme des saisons lunaires
     
    Et viennent jeter sur la Terre
    Des saccagnes ensanglantées
    Pour creuser le lit du Léthé.
     
    Plumette - 24/02/2009